La pièce devint silencieuse.
Élodie regarda la fissure.
— Et B-17 était destiné à qui ?
Le responsable consulta une autre page.
Il devint encore plus pâle.
— Personne.
— Comment ça ?
— Il apparaît comme annulé.
Julien croisa les bras.
— Annulé quand ?
— Hier soir.
— Par qui ?
— Le registre ne le dit pas.
Élodie murmura :
— Alors quelqu’un a mis un cercueil annulé à la place de celui de mon père.
— On ne sait pas encore si c’est volontaire.
Julien acquiesça.
— Exact. On ne sait rien encore.
Il refusait que la peur transforme une erreur possible en complot.
Puis Paul remarqua une seconde inscription sous la plaque métallique.
À moitié cachée.
RET.
Élodie demanda :
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
Le responsable fixa les lettres.
— Retour.
— Retour où ?
— Au fournisseur.
Silence.
Donc B-17 n’aurait même pas dû être utilisé.
Et pourtant, il était là.
À l’enterrement de Gabriel.
PARTIE 5 — CE QUE LE CHEVAL AVAIT RECONNU
Tout le monde voulait comprendre une chose.
Pourquoi Nero avait-il frappé exactement ce cercueil ?
Personne ne pouvait lire l’esprit d’un cheval.
Alors Julien proposa quelque chose de simple.
— Regardons les objets utilisés pendant les derniers jours de Gabriel.
Élodie fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
— Les chevaux réagissent parfois à des odeurs familières.
— Tu crois qu’il a senti quelque chose ?
— Je dis seulement que c’est une possibilité.
Ils retournèrent à la ferme.
Dans l’écurie de Nero, plusieurs couvertures, licols et outils appartenaient à Gabriel.
Julien remarqua une petite boîte en bois sur une étagère.
Élodie l’ouvrit.
À l’intérieur :
des flacons d’huile pour cuir.
Une brosse.
Et un morceau de tissu blanc.
Étiquette :
B-17.
Tout le monde se figea.
— Pourquoi ce code est ici ? demanda Paul.
Élodie secoua la tête.
— Je n’en sais rien.
Julien prit le tissu.
Il sentait fortement une huile de bois et de cire.
La même odeur que la partie cassée du cercueil.
Mais cela ne prouvait toujours rien.
Puis ils trouvèrent un ancien bon de livraison.
Gabriel avait commandé plusieurs planches et produits de menuiserie quelques mois auparavant.
Fournisseur :
Atelier Bellerose — Lot 17.
Élodie murmura :
— B-17.
Julien réfléchit.
— Peut-être que le cercueil contient du bois venant du même atelier.
Paul secoua la tête.
— Et pourquoi le cheval réagirait à ça ?
Personne n’avait de réponse.
Ils appelèrent le fournisseur.
Une femme âgée répondit.
Lorsque Julien mentionna B-17, elle devint silencieuse.
— Qui vous a donné ce numéro ?
— Il est inscrit sur un cercueil.
Long silence.
— Ce lot n’aurait jamais dû être utilisé pour des cercueils.
Élodie sentit sa gorge se serrer.
— Pourquoi ?
— Parce qu’il provenait d’un ancien stock de bois traité.
— Dangereux ?
— Non.
— Alors ?
La femme soupira.
— Parce que le bois avait été stocké pendant des années dans la grange de Gabriel.
Silence.
— Pardon ?
— Votre père avait vendu ce stock à l’atelier huit ans plus tôt.
Élodie regarda l’écurie.
— Donc le cercueil B-17 a été fabriqué avec du bois qui venait de sa propre ferme.
— En partie, oui.
Julien comprit immédiatement une possibilité.
Nero pouvait avoir reconnu l’odeur.
Pas Gabriel.
Pas quelqu’un dans le cercueil.
Seulement un matériau familier.
Mais pourquoi le cheval aurait-il frappé ?
Cela restait inexpliqué.
La femme au téléphone ajouta :
— Il y a autre chose.
— Quoi ?
— Gabriel avait marqué certaines planches avant de les vendre.
— Avec quoi ?
— Un mélange d’huile et d’herbes qu’il utilisait dans l’écurie.
Élodie regarda Nero par la fenêtre.
Le cheval grattait le sol.
— Donc il pouvait reconnaître cette odeur.
— Peut-être.
— Mais pourquoi précisément aujourd’hui ?
La femme hésita.
— Parce que B-17 avait été renvoyé hier.
— Renvoyé par qui ?
— Votre entreprise funéraire.
— Pour quelle raison ?
Nouvelle hésitation.
— Mauvais numéro de livraison.
Élodie sentit son sang se glacer.
— Donc quelqu’un l’a renvoyé…
— Oui.
— Et malgré ça, il s’est retrouvé à l’enterrement.
— Apparemment.
Julien regarda Paul.
— Ça ne ressemble plus à une simple erreur.
Mais il se corrigea aussitôt :
— Ou alors à deux erreurs successives.
Ils retournèrent au cimetière.
Le cercueil restait fermé.
Personne ne l’avait ouvert.
Le responsable funéraire les attendait avec une nouvelle information.
— J’ai trouvé qui a modifié le registre.
Élodie s’approcha.
— Qui ?
— Un employé temporaire.
— Nom ?
Il lui tendit une feuille.
MARC MOREL.
Julien fronça les sourcils.
— Vous le connaissez ?
Élodie secoua la tête.
Puis le responsable ajouta :
— Il a travaillé ici seulement deux jours.
— Où est-il maintenant ?
— Parti ce matin.
— Avant les funérailles ?
— Oui.
Sur la fiche, une note manuscrite :
« B-17 doit rester fermé jusqu’à confirmation du propriétaire. »
Élodie devint blanche.
— Quel propriétaire ?
Personne ne savait.
Puis Nero hennit dehors.
Un son court.
Puissant.
Ils sortirent.
Le cheval se tenait devant la porte du bâtiment funéraire.
Mais cette fois, il ne regardait pas le cercueil.
Il regardait une vieille caisse en bois appuyée contre le mur.
Même odeur.
Même marque.
B-17.
Julien s’approcha.
À l’intérieur, aucun objet étrange.
Seulement des morceaux de bois provenant de l’ancien stock de Gabriel.
Élodie comprit enfin une chose.
Peut-être que Nero n’avait jamais réagi à ce qu’il y avait dans le cercueil.
Peut-être qu’il avait réagi à ce dont le cercueil était fait.
Mais cela laissait une question beaucoup plus inquiétante.
Pourquoi un cercueil annulé, fabriqué à partir d’un vieux lot de bois provenant de la ferme de Gabriel, avait-il été replacé volontairement — ou accidentellement — lors de ses propres funérailles ?
Et surtout…
qui était Marc Morel, l’homme qui avait modifié le registre avant de disparaître ?
À SUIVRE…