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PARTIE 1 — « QUI ES-TU ? »

La chambre était silencieuse.

Deux heures plus tôt, Sofía avait encore entendu les verres s’entrechoquer, les félicitations, la musique, les voix des invités.

Maintenant, il ne restait plus que la lumière chaude des lampes de chevet et le reflet nocturne des fenêtres.

Elle portait encore sa robe de mariée.

Le voile blanc descendait dans son dos.

Dante se tenait devant elle.

Pendant toute la cérémonie, elle avait connu cet homme avec une silhouette très lourde.

Un ventre massif.

Un torse épais.

Des bras volumineux.

Puis, sans prévenir, il agrippa le haut de son corps.

Sofía fronça les sourcils.

— Qu’est-ce que tu fais ?

Il ne répondit pas.

Il tira.

La matière couleur chair se plia.

Sofía recula.

Ce n’était pas sa peau.

C’était un costume.

Une énorme combinaison rembourrée.

Dante continua à la faire descendre.

Un torse musclé apparut.

Des épaules puissantes.

Des bras tatoués.

Une poitrine couverte d’encre noire et grise.

La fausse masse autour de son ventre glissa jusqu’à ses hanches.

Puis tomba sur le tapis avec un bruit lourd.

Sofía resta paralysée.

L’homme devant elle avait le même visage.

Les mêmes yeux.

La même voix.

Mais tout ce qu’elle pensait savoir de son corps venait de disparaître.

— Qui es-tu ?

Dante ne sembla ni embarrassé ni paniqué.

Il regarda le costume effondré.

Puis elle.

— Le même homme que celui que tu as épousé il y a deux heures.

Sofía sentit sa gorge se serrer.

— Non.

— Si.

— Ne me réponds pas comme si c’était normal.

Dante prit une chemise noire posée sur une chaise.

Il passa lentement un bras dans une manche.

Puis l’autre.

— Tu viens de retirer un faux corps devant moi.

Il ajusta le col.

— Je le vois.

— Et tu ne vas rien expliquer ?

Dante ne répondit toujours pas.

Sofía fit un pas vers lui.

— Pourquoi as-tu prétendu être un autre homme ?

Ses mains s’arrêtèrent un instant sur les boutons.

Puis un très léger sourire apparut.

Pas assez pour être chaleureux.

Pas assez pour être moqueur.

Juste assez pour que Sofía comprenne une chose :

il avait attendu cette question.

PARTIE 2 — LE PLACARD QUE PERSONNE NE DEVAIT OUVRIR

Sofía regarda le faux corps étendu sur le tapis.

Vu de près, il était encore plus étrange.

Une enveloppe synthétique beige.

Des sangles à l’intérieur.

De la mousse épaisse.

Un énorme ventre artificiel.

Rien de vivant.

Rien de surnaturel.

Tout avait été fabriqué.

Et donc préparé.

— Depuis combien de temps tu portes ça ?

Dante continua de boutonner sa chemise.

— Ce n’est pas la bonne question.

— C’est exactement la bonne question.

Il leva les yeux.

— Non.

Sofía sentit monter sa colère.

— Alors donne-moi la bonne.

Dante resta silencieux.

Elle se détourna brusquement et aperçut une porte intégrée au mur.

Un dressing.

Durant l’après-midi, on lui avait demandé de ne pas l’utiliser.

Ses vêtements avaient été installés dans une autre pièce.

Elle s’en souvenait maintenant.

— Qu’est-ce qu’il y a là-dedans ?

Dante se raidit.

Réaction minuscule.

Mais elle la vit.

Sofía marcha vers la porte.

— Ne l’ouvre pas.

Elle s’arrêta.

— Pourquoi ?

— Sofía.

— Tu viens de me montrer que le corps que tu portais pendant notre mariage était faux, et maintenant tu crois encore pouvoir m’interdire un placard ?

Elle tourna la poignée.

Verrouillée.

Dante expira.

— Donne-moi la clé.

— Non.

— Dante.

— Pas ce soir.

Sofía eut un rire nerveux.

— “Pas ce soir” ?

Elle désigna sa robe.

— C’est notre nuit de noces.

Puis le costume au sol.

— Je pense que le droit au secret vient d’expirer.

Elle fouilla rapidement autour du meuble.

Sur une petite table, sous un vide-poche, elle trouva une clé noire.

Dante avança.

— Sofía.

Elle ouvrit.

À l’intérieur se trouvaient trois autres costumes.

Pas identiques.

Mais tous conçus pour modifier une silhouette.

Un plus large au niveau des épaules.

Un autre créant un ventre moins volumineux.

Le troisième était beaucoup plus discret.

Sofía cessa de respirer.

— Combien de personnes as-tu prétendu être ?

Dante répondit calmement :

— Toujours la même.

— Alors pourquoi plusieurs corps ?

Silence.

Puis Sofía remarqua des étiquettes cousues à l’intérieur.

A-1.

A-2.

A-3.

Et celui sur le tapis :

A-4.

Elle se retourna.

— Ce n’était donc pas un seul déguisement.

Dante la fixa.

— Non.

— C’était une série.

Cette fois, il ne nia pas.

PARTIE 3 — QUATRE CORPS, UN SEUL VISAGE

Sofía s’approcha des costumes.

Chaque modèle changeait la forme générale sans modifier le visage.

Elle comprit alors pourquoi Dante n’avait jamais tenté de se cacher derrière un masque.

Il ne voulait pas devenir méconnaissable.

Il voulait rester reconnaissable tout en paraissant physiquement différent.

— Qui choisissait lequel tu portais ?

Dante se tut.

— Toi ?

Pas de réponse.

— Quelqu’un d’autre ?

Son regard changea légèrement.

Sofía sentit un frisson.

— Donc quelqu’un d’autre est impliqué.

— Tu tires des conclusions trop vite.

— Alors aide-moi à ne pas en tirer.

Elle examina A-1.

Dans une poche intérieure se trouvait une petite carte.

Pas une identité.

Pas un passeport.

Seulement :

SÉQUENCE A — NE PAS MÉLANGER LES APPARENCES.

Sofía se retourna.

— “Séquence” ?

Dante s’approcha.

— Donne-moi ça.

— Certainement pas.

Elle lut la suite.

A-1 : PREMIÈRE RENCONTRE.

A-2 : VISITE PRIVÉE.

A-3 : PRÉSENTATION OFFICIELLE.

A-4 : MARIAGE.

Sofía sentit ses jambes faiblir.

— Non.

Elle regarda le costume au sol.

A-4.

Mariage.

— Tu as planifié une apparence différente pour chaque étape.

Dante répondit :

— Ce n’est pas exactement ça.

— Alors explique exactement.

Il passa une main sur son visage.

Pour la première fois, son calme semblait moins solide.

— Je devais respecter une procédure.

— Une procédure pour quoi ?

Silence.

Sofía lut la carte.

Une cinquième ligne apparaissait au bas.

A-5 : APRÈS RÉVÉLATION — UNIQUEMENT SI ELLE RESTE.

Elle sentit son sang se glacer.

— “Si elle reste” ?

Dante regarda la carte.

— Cette ligne ne devrait pas être là.

— Pourquoi ?

— Parce qu’A-5 n’a jamais été autorisé.

Sofía recula.

— Autorisé par qui ?

Dante ne répondit pas.

Elle fouilla le placard.

Aucun cinquième costume.

Mais derrière les autres, une housse vide.

Étiquette :

A-5.

La housse était ouverte.

Et vide.

Quelqu’un avait déjà emporté ce qui devait être dedans.

PARTIE 4 — LE MESSAGE ARRIVÉ AVANT LA CÉRÉMONIE

Sofía ne pleurait plus.

La peur avait laissé place à une colère froide.

— Tu savais qu’A-5 avait disparu ?

— Non.

— Quand as-tu vu ce placard pour la dernière fois ?

— Avant la cérémonie.

— Et il était là ?

Dante resta silencieux.

— Réponds.

— Oui.

Donc quelqu’un avait pénétré dans leur suite pendant le mariage.

Sofía prit son téléphone.

Aucune alerte.

Aucune notification.

Mais un message non lu envoyé trois heures auparavant par un numéro inconnu.