PARTIE 1 — « ATTENDEZ ! PAS COMME ÇA »
La chambre ressemblait davantage à une suite de palais qu’à une pièce de soins.
Murs crème.
Grand lit capitonné.
Draps rose pâle.
Lustre de cristal.
Rideaux lourds.
Et pourtant, Lucía ne voyait rien de tout cela.
Ses yeux étaient fixés sur la seringue.
La jeune femme en uniforme médical essayait de s’approcher avec précaution.
— Doucement…
Lucía recula brutalement contre le dossier rembourré.
Ses petites épaules remontèrent.
Ses mains se plaquèrent contre sa poitrine.
— Non !
La seringue n’avait pas encore touché sa peau.
Mais pour Lucía, la peur était déjà insupportable.
Elle se mit à pleurer.
Puis à crier.
Ses longs cheveux châtains glissèrent sur ses épaules tandis qu’elle essayait de reculer davantage.
La soignante hésita.
— Il faut rester calme.
Mais ces mots ne firent qu’aggraver la panique.
Lucía secoua la tête.
— Non ! Non !
Puis une autre voix éclata.
— Attendez ! Pas comme ça !
Sofía arriva presque en courant.
Elle attrapa le poignet de la soignante avec fermeté, sans violence, et éloigna la seringue du visage de l’enfant.
La jeune femme en blanc ouvrit de grands yeux.
— Qu’est-ce que vous faites ?
— Regardez-la.
— Je la regarde.
— Non. Vous regardez ce que vous devez faire. Pas elle.
La soignante serra les lèvres.
— Je dois suivre les instructions.
Sofía relâcha doucement son poignet.
— Et moi, je vous demande seulement une minute.
Derrière elles, une silhouette venait d’entrer.
Dante.
Costume noir.
Chemise noire ouverte au col.
Tatouages visibles autour du cou.
Grande croix dorée sur la poitrine.
Il s’arrêta.
Son regard passa de la seringue à Sofía.
Puis à Lucía.
Il ne dit rien.
Sofía sentit sa présence.
Mais ne se retourna pas.
Elle fit un pas vers l’enfant.
Puis un autre.
Lucía avait encore les bras croisés très fort contre elle.
Sofía s’agenouilla lentement.
— Regarde-moi… doucement.
Lucía évita son regard.
— Je ne veux pas.
— Je sais.
— Je ne veux pas qu’elle revienne.
— Elle ne s’approchera pas pendant que tu me regardes.
La soignante jeta un regard vers Dante.
Il leva légèrement une main.
Attendre.
Sofía continua.
— Respire avec moi.
Lucía tremblait.
Sofía inspira lentement.
Puis expira.
Encore.
Encore.
Après quelques secondes, les épaules de Lucía descendirent légèrement.
Et Dante fronça les sourcils.
Parce qu’il connaissait déjà cette façon de respirer.
Quelqu’un l’avait utilisée autrefois.
Avec exactement la même mélodie dans la voix.
PARTIE 2 — LA CHANSON QUE DANTE RECONNUT
Sofía resta à genoux.
— Voilà. Encore une fois.
Lucía inspira difficilement.
Puis relâcha un peu ses bras.
Sofía sourit à peine.
— Très bien.
La petite fille essuya une larme avec le dos de sa main.
— Reste.
Sofía répondit sans hésiter :
— Je reste.
Dante releva brutalement les yeux.
Ce mot.
Cette intonation.
Puis Sofía commença à chanter très doucement.
— Ferme les yeux, ça passera…
Je suis ici, n’aie plus peur…
La pièce devint silencieuse.
La soignante ne bougeait plus.
Lucía fixait Sofía.
Dante, lui, avait cessé de respirer normalement.
La mélodie était simple.
Quelques notes.
Presque une berceuse.
Mais il la connaissait.
Il fit un pas.
Sofía s’arrêta.
— Quelque chose ne va pas ?
Dante répondit enfin.
— Où avez-vous appris cette chanson ?
Sofía le regarda.
— Je ne sais pas.
— Comment ça, vous ne savez pas ?
— Je la connais depuis toujours.
— Qui vous l’a chantée ?
Elle réfléchit.
— Ma mère, peut-être.
— “Peut-être” ?
— J’étais petite.
Dante serra la mâchoire.
Lucía murmura :
— Continue…
Sofía se tourna de nouveau vers elle.
— Bien sûr.
Elle reprit.
Même mélodie.
Même rythme.
Dante recula.
Sur son visage, la surprise venait de céder la place à quelque chose de plus profond.
Une peur ancienne.
La soignante murmura :
— Monsieur ?
Il secoua la tête.
— Pas maintenant.
Sofía continua jusqu’à ce que Lucía ne pleure presque plus.
Puis la petite fille demanda :
— Pourquoi je connais cette chanson ?
Sofía se figea.
— Tu la connais ?
Lucía hocha la tête.
— Je crois.
Dante devint livide.
— Depuis quand ?
Lucía hésita.
— Je l’entends parfois quand je dors.
La soignante regarda Dante.
Sofía, elle, resta calme.
— Peut-être que quelqu’un te la chantait quand tu étais plus petite.
Lucía baissa les yeux.
— Je ne sais pas.
Dante se retourna vers la porte.
— Sofía. Venez avec moi.
Elle fronça les sourcils.
— Maintenant ?
— Oui.
Lucía attrapa immédiatement sa manche.
— Non.
Sofía regarda Dante.
Il vit la peur revenir dans les yeux de l’enfant.
Alors il céda.
— Plus tard.
Sofía reprit doucement la chanson.
Mais Dante savait désormais que quelque chose venait de s’ouvrir.
Un souvenir.
Et il n’était pas sûr de vouloir découvrir ce qu’il contenait.
PARTIE 3 — LE PAPIER CACHÉ DANS LA BOÎTE À MUSIQUE
Une heure plus tard, Lucía s’était calmée.
La seringue avait été rangée hors de sa vue.
Aucun traitement n’avait repris.
Dante conduisit Sofía dans un petit salon attenant.
— Chantez-la encore.
— Maintenant ?
— Oui.
Sofía répéta les deux lignes.
Dante ferma les yeux.
Puis se dirigea vers un meuble fermé à clé.
Il sortit une petite boîte à musique en bois sombre.
— Vous connaissez ça ?
Sofía secoua la tête.
— Non.
Dante l’ouvrit.
Une mélodie se fit entendre.
La même.
Sofía recula.
— C’est impossible.
— Vous avez dit ne jamais avoir vu cette boîte.
— C’est vrai.
— Pourtant vous chantez exactement son air.
Elle s’approcha.
— D’où vient-elle ?
Dante resta silencieux.
Puis :
— Elle appartenait à une femme nommée Claire Morel.
Sofía sentit un léger frisson.
— Je ne connais personne de ce nom.
— J’espère que c’est vrai.
Elle le regarda.
— Qu’est-ce que ça veut dire ?
Dante ouvrit le fond de la boîte.
Un compartiment secret apparut.
À l’intérieur se trouvait une vieille photographie.
Une femme brune.
Un enfant.
Et derrière elles, un homme plus jeune.
Dante.
Sofía regarda attentivement.
— Qui est cette femme ?
— Claire.
— Et l’enfant ?
— Je ne sais pas.
Sofía fronça les sourcils.
— Vous étiez là et vous ne savez pas ?
— Cette photo m’a été envoyée des années plus tard.
Il retourna l’image.
Au dos :
« Si un jour la chanson revient dans cette maison, ne faites confiance ni au souvenir ni à la voix. »
Sofía relut.
— “Ni à la voix” ?
— Oui.
— Pourquoi ?
Dante secoua la tête.
— Je n’ai jamais compris.
Puis Sofía remarqua autre chose dans la boîte.
Un petit papier plié.
Dante sembla surpris.
— Ça n’était pas là avant.
Il l’ouvrit.
« LUCÍA RECONNAÎTRA LA MÉLODIE AVANT DANTE. »
Les deux se figèrent.
Deuxième ligne :
« SOFÍA LA CHANTERA SANS SAVOIR POURQUOI. »
Sofía recula.
— Quelqu’un savait.
Dante serra le papier.
— Oui.