— Avant aujourd’hui.
— Oui.
Troisième ligne :
« QUAND CELA ARRIVERA, OUVRIR LA CHAMBRE 7. »
Sofía demanda :
— Il y a une chambre 7 ici ?
Dante répondit :
— Plus depuis dix ans.
PARTIE 4 — LA CHAMBRE QUI N’EXISTAIT PLUS
La “chambre 7” n’apparaissait sur aucun plan récent.
Dante demanda à un employé de lui apporter les anciens plans de la demeure.
Après vingt minutes de recherche, ils trouvèrent une pièce condamnée derrière la bibliothèque de l’aile est.
Sofía observa le mur.
— Elle est derrière ça ?
— Oui.
Une partie du panneau en bois se déverrouilla.
Un petit couloir apparut.
Puis une porte.
7.
Dante ouvrit.
La pièce était presque vide.
Une petite chaise.
Un vieux piano.
Une armoire.
Et un lit d’enfant recouvert d’un drap.
Sofía resta près de la porte.
— Qu’est-ce que c’était ?
Dante répondit :
— Je ne sais pas.
— Cette maison est à vous.
— Je n’ai pas toujours vécu ici.
Sur le piano se trouvait un carnet.
Première page :
« PROTOCOLE BERCEUSE — TEST 1. »
Sofía se tourna.
— Protocole ?
Dante lut.
« Sujet : enfant non identifié. »
« Stimulus : mélodie Morel. »
« Réaction attendue : apaisement. »
Sofía devint blanche.
— Ça ressemble à ce qui vient de se passer avec Lucía.
— Oui.
Page suivante :
« Test 2 : introduire la mélodie par une voix inconnue. »
Sofía murmura :
— Une voix inconnue…
Dante la regarda.
— Vous.
Elle secoua la tête.
— Je n’étais pas prévue.
— Peut-être que si.
Une photographie glissa du carnet.
Sofía.
Prise dans le couloir du personnel.
Datée de trois semaines auparavant.
Elle recula.
— On me surveillait.
Dante retourna la photo.
« CANDIDATE VOCALE COMPATIBLE. »
Sofía posa une main sur sa bouche.
— “Candidate” ?
Dante continua.
Plusieurs photos.
Femmes différentes.
Toutes employées de maison ou personnel de service.
Certaines barrées.
Une seule non barrée.
Sofía.
Et en dessous :
« NE PAS LUI DIRE POURQUOI ELLE A ÉTÉ ENGAGÉE. »
Elle se tourna vers Dante.
— Qui m’a engagée ?
— L’administrateur de la maison.
— Nom ?
Dante réfléchit.
Puis son visage changea.
— Adrian Vale.
Sofía fronça les sourcils.
— Il travaille toujours ici ?
— Il a disparu il y a deux mois.
Silence.
Le même jour où Sofía avait commencé son emploi.
PARTIE 5 — LA VOIX N’ÉTAIT PAS LE SEUL TEST
Ils retournèrent dans la chambre de Lucía.
Elle dormait presque.
Pas profondément.
Mais assez calmement pour ne plus pleurer.
La soignante était partie dans la pièce voisine.
Dante observa Sofía.
— Ne chantez plus pour l’instant.
Elle fronça les sourcils.
— Pourquoi ?
— Parce qu’on ignore ce que quelqu’un cherche à provoquer.
Sofía regarda Lucía.
— Vous pensez que la chanson lui fait du mal ?
— Non.
— Alors ?
— Je pense que quelqu’un voulait voir si elle la reconnaissait.
Sofía se tut.
Puis son téléphone vibra.
Numéro inconnu.
Message :
« TEST 1 RÉUSSI. »
Elle montra l’écran à Dante.
Deuxième message :
« LA VOIX A ÉTÉ RECONNUE. »
Sofía sentit ses mains trembler.
— Par qui ?
Nouveau message.
« PAS PAR LUCÍA. »
Dante se figea.
Troisième :
« PAR DANTE. »
Sofía leva lentement les yeux.
— Donc c’était vous le vrai test.
Dante ne répondit pas.
Nouveau message :
« IL A RECONNU LA CHANSON COMME PRÉVU. »
Puis :
« ÉTAPE 2 : FAIRE EN SORTE QUE LUCÍA DISE LE NOM. »
Sofía recula.
— Quel nom ?
Lucía bougea doucement sur le lit.
Ses yeux s’ouvrirent.
Elle regarda Sofía.
— Chante encore.
Dante dit immédiatement :
— Non.
Lucía tourna les yeux vers lui.
Puis vers Sofía.
— S’il te plaît.
Sofía hésita.
Dante secoua la tête.
Mais le téléphone vibra encore.
« SI ELLE CHANTE, LE NOM VIENDRA. »
Sofía posa le téléphone.
— C’est exactement ce qu’ils veulent.
— Oui.
— Alors je ne chanterai pas.
Lucía sembla déçue.
Puis elle murmura toute seule les premières notes.
Très doucement.
Sofía et Dante se regardèrent.
L’enfant connaissait la mélodie sans aide.
Elle continua.
Quelques notes.
Puis s’arrêta.
Ses yeux devinrent humides.
— Claire…
Dante devint complètement immobile.
Sofía sentit un frisson.
— Qu’est-ce que tu viens de dire ?
Lucía fronça les sourcils.
— Je ne sais pas.
— Tu as dit “Claire”.
Elle secoua la tête.
— C’est juste venu.
Dante recula.
Son téléphone vibra à son tour.
Message :
« ÉTAPE 2 RÉUSSIE. »
Puis :
« MAINTENANT, DEMANDEZ À DANTE POURQUOI CLAIRE MOREL A ENREGISTRÉ LA VOIX DE SOFÍA AVANT SA NAISSANCE. »
Sofía devint blanche.
— Avant ma naissance ?
Dante relut.
— C’est impossible.
Une dernière pièce jointe apparut.
Un fichier audio.
Date :
vingt-neuf ans plus tôt.
Dante appuya.
Une voix féminine se mit à chanter.
La même mélodie.
Mais ce n’était pas seulement une voix ressemblant à celle de Sofía.
C’était presque exactement la sienne.
Même timbre.
Même façon de respirer entre deux phrases.
Même douceur.
Sofía porta une main à sa bouche.
— Ce n’est pas moi.
Dante murmura :
— Je sais.
Puis l’enregistrement se termina par une phrase parlée :
— Si Sofía entend ceci un jour, dites-lui que la chanson n’était jamais destinée à Lucía.
Silence.
Puis :
— Elle était destinée à la ramener, elle.
Sofía fixa Dante.
— Me ramener où ?
Le fichier s’arrêta.
Et derrière eux, dans le couloir, quelqu’un commença à fredonner exactement la même mélodie.
À SUIVRE…